Un réfugié algérien violemment enlevé en Tunisie et transféré illégalement vers l’Algérie

Un réfugié algérien violemment enlevé en Tunisie et transféré illégalement vers l’Algérie

Slimane Bouhafs est un militant algérien qui a été pris pour cible à plusieurs reprises par les autorités algériennes en raison de son activisme pacifique sur les réseaux sociaux. Après avoir fui l'Algérie en 2018 et obtenu le statut de réfugié auprès du Haut Comissariat pour les Réfugiés (HCR) en Tunisie, il a été violemment enlevé en 2021 et ramené de force en Algérie, où il a été condamné, détenu et soumis à des mauvais traitements. Bouhafs a été libéré en 2024 après avoir purgé sa peine de trois ans. Aucune enquête n'a été menée par les autorités tunisiennes ou algériennes concernant son enlèvement.

Slimane Bouhafs est un militant Amazigh chrétien algérien. Il s'est fait connaître par ses déclarations sur les réseaux sociaux, dénonçant les discriminations dont sont victimes les minorités amazighes et chrétiennes en Algérie.

À la suite de ses publications pacifiques sur Facebook, il a été condamné par la Cour d'appel de Sétif en septembre 2016 à trois ans de prison pour « outrage au prophète de l'islam » en vertu de l'article 144 bis 2 du Code pénal algérien. Pendant sa détention, Bouhafs a été placé dans des conditions précaires, privé de soins médicaux adéquats et soumis à du harcèlement ainsi qu’à des menaces de mort de la part de ses codétenus. Après avoir purgé près de deux ans de prison, il a été libéré en mars 2018 à la suite d'une grâce présidentielle.

Craignant de nouvelles persécutions, il s'est exilé en Tunisie en septembre 2018. Un an plus tard, en septembre 2019, le Haut-Comissariat pour les Réfugiés de l’ONU (HCR) lui a accordé le statut de réfugié. Inquiet de rester exposé à des risques en raison de la proximité de la Tunisie avec l'Algérie, il a entamé en juillet 2021 une procédure de réinstallation dans un pays tiers auprès du HCR. Bouhafs a été la cible de nombreuses tentatives d’intimidation en Tunisie, sur les réseaux sociaux, par téléphone et à travers des filatures. Malgré ces pressions, il a poursuivi son action pacifique en ligne.

Le 25 août 2021, Bouhafs a été violemment enlevé dans son appartement à Tunis par quatre individus armés. Il a été menotté, cagoulé, drogué et transporté de force en Algérie. Pendant son enlèvement, il a subi de graves violences physiques et psychologiques, et sa famille est restée sans aucune information concernant le lieu où il se trouvait.

Le 26 août 2021, il a été transféré dans une caserne militaire à Alger. Le 1er septembre 2021, il a été présenté devant le procureur et le juge d'instruction du tribunal de Sidi Mhamed et placé en détention provisoire pour dix chefs d'accusation, notamment participation à une organisation terroriste et subversive, apologie d'actes terroristes, complot en vue de détruire ou de changer le régime, atteinte à l'unité nationale, promotion de fausses informations, discrimination et discours de haine, réception de fonds provenant de l'étranger et insulte au prophète de l'islam.

À la suite de son enlèvement en Tunisie, les membres de sa famille ont déposé une plainte pénale auprès du procureur général du tribunal de première instance de Tunis, demandant l'ouverture d'une enquête sur son enlèvement et son transfert forcé.

En 2021 et 2022, de nombreuses organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains ont appelé les autorités tunisiennes à enquêter sur cet enlèvement. Le HCR à Tunis a également confirmé avoir soulevé cette affaire, mais n'avoir reçu aucune réponse. Le 20 septembre 2021, plusieurs experts des droits humains des Nations unies ont adressé une communication aux autorités tunisiennes et algériennes, exprimant leur profonde inquiétude quant au fait que ces faits, s'ils étaient confirmés, constitueraient des violations du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la Convention contre la torture et de la Convention sur les disparitions forcées. Les autorités tunisiennes n'ont pas répondu, tandis que les autorités algériennes ont nié tout enlèvement, affirmant que Bouhafs avait été arrêté à Tébessa, en Algérie, le 27 août 2021.

Le 16 décembre 2022, Bouhafs a été condamné à trois ans d'emprisonnement et à une amende de 100 000 dinars algériens pour « atteinte à l'unité nationale » (article 79 du Code pénal), de « discrimination et discours de haine » (article 31 de la loi 20-05) et de « diffusion de fausses informations » (article 196 bis du Code pénal). Il a été acquitté des charges de terrorisme. L'accusation s'est appuyée exclusivement sur ses publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités algériennes pour leur traitement des minorités chrétiennes et amazighes et leur mauvaise gestion des incendies de forêt en Kabylie en juillet-août 2021, ainsi que sur sa participation à des événements communautaires et son soutien présumé au Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK). Le 4 juillet 2023, la cour d'appel a confirmé la condamnation.

Pendant son incarcération, Bouhafs a été détenu dans des conditions extrêmement précaires, privé de soins médicaux adéquats et harcelé par ses codétenus en raison de ses affiliations politiques et religieuses.

Bouhafs a été libéré de prison le 1er septembre 2024 mais continue de vivre sous la menace d'une nouvelle arrestation. À ce jour, aucune enquête effective n'a été ouverte en Tunisie concernant l'enlèvement violent de Bouhafs, malgré les appels répétés en ce sens.

Le 27 février 2026, Bouhafs devait quitter l'Algérie avec l'aide d'une organisation de défense des droits humains. La police aux frontières l’a alors interrogé pendant une longue période, lui faisant manquer son vol. Lorsqu'il est retourné à l'aéroport le 6 mars 2026 pour prendre un nouveau vol, la police aux frontières l'a informé qu'il faisait l'objet d'une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) et qu'il ne pouvait pas quitter le pays, bien qu'il n'ait reçu aucun document officiel ni notification, comme l'exige pourtant la loi algérienne.

Le 30 mars 2026, MENA Rights Group a saisi le Comité des droits de l'homme des Nations unies dénonçant l’absence d’enquête des autorités tunisiennes sur l'enlèvement arbitraire et le transfert forcé de Bouhafs vers l'Algérie.

Timeline

30 mars 2026 : MENA Rights Group solicite l'intervention du Comité des droits de l'homme de l’ONU pour le cas de Bouhafs
1er septembre 2024 : Bouhafs est libéré de prison après avoir purgé sa peine.
4 juillet 2023 : La Cour d'appel confirme la condamnation de Bouhafs.
16 décembre 2022 : Bouhafs est condamné à trois ans de prison.
1er septembre 2021 : Bouhafs est traduit devant le tribunal de Sidi Mhamed à Alger et placé en détention provisoire.
25 août 2021 : Bouhafs est violemment enlevé à son domicile à Tunis et ramené de force en Algérie.
Septembre 2019 : Bouhafs obtient le statut de réfugié auprès du HCR en Tunisie.
Septembre 2018 : Bouhafs s'exile en Tunisie.
Mars 2018 : Bouhafs est libéré de prison à la suite d'une grâce présidentielle.
Septembre 2016 : La cour d'appel de Sétif condamne Bouhafs à trois ans de prison.

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